DES Module de radioprotection et dosimétrie





Intitulé : Irradiation des opérateurs en imagerie interventionnelle
Nature : Résumé
Auteur : Bernard AUBERT
Alain ROCHE
Source : EPU Centre Antoine Béclère
Mots-clés : Radioprotection, Expositions professionnelles



IRRADIATION DES OPÉRATEURS EN IMAGERIE INTERVENTIONNELLE

B. AUBERT et A. ROCHE*

La pratique de la radiologie interventionnelle peut exposer l'opérateur à des niveaux de doses élevés. Ces expositions sont principalement dues au rayonnement diffusé mais parfois les mains de l'opérateur peuvent se trouver dans le faisceau primaire de rayons X. Il en résulte que les équivalents de dose reçus par le personnel sont non uniformes, avec de faibles doses à la poitrine, toujours protégée par un tablier et des doses élevées à la tête ( thyroïde et yeux ) et aux mains. Le film dosimètre étant porté sous le tablier, l'équivalent de dose au personnel est toujours officiellement bien en dessous des limites. Mais quand l'exposition professionnelle est évaluée par des dosimètres additionnels des équivalents de dose proches des limites voire même supérieurs à celles-ci peuvent être observés.

Des études réalisées à l'aide de dosimètres thermoluminescents et électroniques situés sur les doigts, le cou, le front ou l'épaule de l'opérateur montrent que les équivalents de dose mesurés dépendent pour une large part de la position de l'opérateur par rapport au faisceau de rayons X. Dans les cas les plus défavorables, un équivalent de dose moyen de 37 mSv/procédure a été estimé aux doigts. Des gants protecteurs ne pouvant pas être utilisés pour ce type de pratique car l'opérateur doit garder la sensibilité des doigts, l'exposition des extrémités est le facteur limitant du nombre de procédures pouvant être réalisées.

Afin de limiter l'exposition professionnelle et les risques en radiologie interventionnelle, l'utilisation de détecteurs d'extrémité doit être développée pour obtenir connaissance plus réaliste des niveaux d'exposition. De plus, une formation spécifique et une information régulière doivent être proposées afin que les règles de base de la radioprotection dans ce domaine soient effectivement appliquées.

*Institut Gustave Roussy, Villejuif


IRRADIATION DES OPÉRATEURS EN IMAGERIE INTERVENTIONNELLE

B. AUBERT (Chef adj. serv. phys., inst. Gustave-Roussy, Villejuif) et
A. ROCHE ( Chef Serv. radiol. intervention., unité de radiologie interventionnelle, inst. Gustave-Roussy, Villejuif)

Les procédures interventionnelles réalisées avec l'aide de la radioscopie sont de plus en plus fréquentes, complexes et longues. Tous les médecins qui pratiquent ce type de procédures, tels les radiologues interventionnels, les cardiologues ou les chirurgiens, peuvent être soumis à des niveaux d'exposition élevés. Ils constituent aujourd'hui le groupe professionnel le plus exposé aux rayonnements ionisants dans le domaine médical. Il est donc essentiel d'évaluer aussi précisément que possible l'exposition des différentes parties de l'organisme, l'opérateur étant exposé de façon non uniforme.

I - Exposition professionnelle en radiologie interventionnelle

1 - Résultats de la littérature

De nombreux travaux ont été publiés sur le niveau d'irradiation des organes les plus exposés lors des procédures utilisant la radioscopie. Il est habituel de classer les principales interventions en procédures "proches" ou "éloignées", c'est-à-dire si l'abord transcutané est près ou loin du faisceau de rayons X. Les résultats d'une partie des travaux de la littérature ont été regroupés dans le  tableau 1. Ils concernent l'exposition du cristallin, de la thyroïde et des mains.

Tableau 1 : Données de la littérature concernant l'exposition de certaines parties du corps liée à des pratiques de radiologie interventionnelle
Localisation Procédures proches Procédures éloignées
Main droite
Main gauche
Thyroïde (sans protection)
Cristallin (sans protection)
de 0,19 à 5,15 mSv
de 0,34 à 4 mSv
de 0,04 à 0,11 mSv
0,05 mSv
de 0,07 à 2,14 mSv
de 0,03 à 5,89 mSv
de 0,07 à 0,28 mSv
de 0,01 à 0,56 mSv

2 - Résultats d'études à l'IGR ( 2, 4)

Des dosimètres thermo-luminescents ont été placés stérilement sur les annulaires gauche et droit de l'opérateur, sur le front et sur la thyroïde non protégés. Les examens réalisés ont consisté en des procédures "éloignées" (artériographie, embolisation...) et des procédures "proches" (drainage biliaire, néphrostomie...). Les résultats de l'exposition sont rapportés dans le  tableau II.
Des dosimétres électroniques ( 5) ont également été utilisés pour mesurer l'exposition sous le tablier de protection et à l'épaule, partie de l'organisme non protégée ( 6). Le  tableau III présente la valeur moyenne de la dose équivalente par jour d'activité, la gamme de ces valeurs sur la période d'observation (de trois à neuf semaines) et la dose équivalente annuelle extrapolée sur la base de 220 jours de travail par an.

Tableau II : Equivalent de dose moyen à différents organes lors d'un examen rapproché (PR) et éloigné (PE) à l'IGR.
Organe Dose équivalente moyenne
par PR (mSv)
Dose équivalente moyenne
par PE (mSv)
Main gauche
Main droite
Cristallin
Thyroïde
37,1
24,0
3,2
7,3
1,2
1,4
0,3
0,3
Tableau III : Dose équivalente délivrée aux opérateurs en radiologie interventionnelle
Equivalent de dose
moyenne/jour mesuré
(µSv/j)
Gamme de valeurs
(µSv/j)
Equivalent de dose
moyen/an estimé
(mSv/an)
Sous le tablier
A l'épaule
20,5
186,1
0 - 218
0 - 1759
4,5
41,0

II - Quelle surveillance en radiologie interventionnelle ?

Les données précédentes montrent que des doses élevées, spécialement aux extrémités, peuvent être observées, aussi doit-on se demander où et comment porter le dosimètre individuel, et quel type de dosimètre, afin d'assurer une surveillance de routine fiable.
Comme l'exposition de l'opérateur est trés hétérogène, il est recommandé de porter deux dosimètres, l'un sous le tablier (sur la poitrine) et le second sur une zone non protégée, cou ou épaule ( 7). En ce qui concerne l'exposition des extrémités, elle peut être mesurée directement ou estimée à partir de la mesure du dosimètre non protégé. G. Drexler et coll. ( 8) ont montré que pour les médecins pratiquant des cathétérismes cardiaques le dosimètre poignet pouvait renseigner sur l'exposition des doigts. Par contre, pour les autres procédures angiographiques, il n'existe aucune corrélation entre ces deux points. T. Vehmas et H. Tikkanen ( 9) recommandent l'utilisation d'un second dosimètre à l'épaule et de dosimètre aux doigts, car il n'y a aucune corrélation entre les deux informations.

CONCLUSION

Plusieurs études confirment que la dose reçue par certains organes, tels les yeux, la thyroïde et les mains, peut être très élevèe en radiologie interventionnelle. Ce type de pratique ayant augmenté de façon significative ces dernières années, une attention toute particulière doit être portèe à la radioprotection des opérateurs afin de respecter les recommandations de l'ICRP ( 10). Plusieurs dosimètres doivent être portés en des points caractèristiques de l'exposition du radiologiste, car l'information fournie par le dosimètre porté sous le tablier n'est pas représentative de l'hétérogénéité de la dose qu'il reçoit. De plus, les règles pratiques de radioprotection, une formation spécifique, un programme d'assurance de qualité et une information sur les risques associés aux rayonnements ionisants doivent conduire à réduire les niveaux d'exposition professionnelle et à respecter les principes de radioprotection concernant la limitation et l'optimisation.

REFERENCES

1. Jonhson LW, Moore RJ, Balter S. Review of radiation safety in the cardiac catheterization laboratory. Cathet Cardiovasc Diagn 1992 ; 25 : 186-194.
2. Aubert B, Lamon A, Beaudet G. Evaluation de nouveaux dosimètres électroniques en milieu hospitalier. Journées SFRP de La Rochelle, 20-21 septembre 19994.
3. Sapoval M, Aubert B, Ricard M, Nguyen J, Roche A. Radioprotection of interventional radiologists : an exposure study and review of protective means. Proceedings of the 8th European Congress of Radiology, Vienna, 1993, 295.
4. Sapoval M, Aubert B, Nguyen J, Ricard M, Roche A. Radioprotection in interventional radiology : should we be concerned ? Radiology 1992 ; 185 : 264.
5. Aubert B, Lamon A, Beaudet G. Evaluation de nouveaux dosimètres électroniques en milieu hospitalier. Journées SFRP de La Rochelle, 20-21 septembre 1994.
6. Lacoste F, Lucas M. Le système Dosicard. Radioprotection 1993 ; 28 : 77-81.
7. Wambersic A, Delhove J. Radiation protection in diagnostic radiology, a debated practice ; how to wear the individual dosemeters ? JBR-BTR 1993 ; 76 : 382-385.
8. Drexler G, Panzer W. Occupational exposure in X ray diagnosis. Radiation Protection Dosimetry 1990 ; 32 : 163-170.
9. Vehmas T, Tikkanen H. Measuring radiation exposure during percutaneous drainages : can shoulder dosemeters be used to estimate finger doses ? Br J Radiol 1992 ; 65 : 1007-1010.
10. ICRP. Publication no 60, Recommandations of the International Commission on Radiological Protection. Oxford, Pergamon Press éd., 1991.




Retour en haut de page  

Page modifiée le 19/02/2003 à 15h14.


Crédits Administration Contact Avertissement Aide