IRRADIATION DES OPÉRATEURS EN IMAGERIE INTERVENTIONNELLE
B. AUBERT et A. ROCHE*
La pratique de la radiologie interventionnelle peut exposer l'opérateur à des niveaux de doses élevés. Ces expositions sont principalement dues au rayonnement diffusé mais parfois les mains de l'opérateur peuvent se trouver dans le faisceau primaire de rayons X. Il en résulte que les équivalents de dose reçus par le personnel sont non uniformes, avec de faibles doses à la poitrine, toujours protégée par un tablier et des doses élevées à la tête ( thyroïde et yeux ) et aux mains. Le film dosimètre étant porté sous le tablier, l'équivalent de dose au personnel est toujours officiellement bien en dessous des limites. Mais quand l'exposition professionnelle est évaluée par des dosimètres additionnels des équivalents de dose proches des limites voire même supérieurs à celles-ci peuvent être observés. Des études réalisées à l'aide de dosimètres thermoluminescents et électroniques situés sur les doigts, le cou, le front ou l'épaule de l'opérateur montrent que les équivalents de dose mesurés dépendent pour une large part de la position de l'opérateur par rapport au faisceau de rayons X. Dans les cas les plus défavorables, un équivalent de dose moyen de 37 mSv/procédure a été estimé aux doigts. Des gants protecteurs ne pouvant pas être utilisés pour ce type de pratique car l'opérateur doit garder la sensibilité des doigts, l'exposition des extrémités est le facteur limitant du nombre de procédures pouvant être réalisées. Afin de limiter l'exposition professionnelle et les risques en radiologie interventionnelle, l'utilisation de détecteurs d'extrémité doit être développée pour obtenir connaissance plus réaliste des niveaux d'exposition. De plus, une formation spécifique et une information régulière doivent être proposées afin que les règles de base de la radioprotection dans ce domaine soient effectivement appliquées. *Institut Gustave Roussy, Villejuif IRRADIATION DES OPÉRATEURS EN IMAGERIE INTERVENTIONNELLE
B. AUBERT (Chef adj. serv. phys., inst. Gustave-Roussy, Villejuif) et
A. ROCHE ( Chef Serv. radiol. intervention., unité de radiologie interventionnelle, inst. Gustave-Roussy, Villejuif) Les procédures interventionnelles réalisées avec l'aide de la radioscopie sont de plus en plus fréquentes, complexes et longues. Tous les médecins qui pratiquent ce type de procédures, tels les radiologues interventionnels, les cardiologues ou les chirurgiens, peuvent être soumis à des niveaux d'exposition élevés. Ils constituent aujourd'hui le groupe professionnel le plus exposé aux rayonnements ionisants dans le domaine médical. Il est donc essentiel d'évaluer aussi précisément que possible l'exposition des différentes parties de l'organisme, l'opérateur étant exposé de façon non uniforme. I - Exposition professionnelle en radiologie interventionnelle1 - Résultats de la littératureDe nombreux travaux ont été publiés sur le niveau d'irradiation
des organes les plus exposés lors des procédures utilisant la
radioscopie. Il est habituel de classer les principales interventions en procédures
"proches" ou "éloignées", c'est-à-dire
si l'abord transcutané est près ou loin du faisceau de rayons
X. Les résultats d'une partie des travaux de la littérature ont
été regroupés dans le
Tableau 1 : Données de la littérature concernant l'exposition de certaines parties du corps liée à des pratiques de radiologie interventionnelle
2 - Résultats d'études à l'IGR (
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| Organe |
Dose équivalente moyenne par PR (mSv) |
Dose équivalente moyenne par PE (mSv) |
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Main gauche Main droite Cristallin Thyroïde |
37,1 24,0 3,2 7,3 |
1,2 1,4 0,3 0,3 |
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Equivalent de dose moyenne/jour mesuré (µSv/j) |
Gamme de valeurs (µSv/j) |
Equivalent de dose moyen/an estimé (mSv/an) |
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Sous le tablier A l'épaule |
20,5 186,1 |
0 - 218 0 - 1759 |
4,5 41,0 |
Les données précédentes montrent que des doses élevées,
spécialement aux extrémités, peuvent être observées,
aussi doit-on se demander où et comment porter le dosimètre individuel,
et quel type de dosimètre, afin d'assurer une surveillance de routine
fiable.
Comme l'exposition de l'opérateur est trés hétérogène,
il est recommandé de porter deux dosimètres, l'un sous le tablier
(sur la poitrine) et le second sur une zone non protégée, cou
ou épaule (
7). En ce qui concerne l'exposition des extrémités,
elle peut être mesurée directement ou estimée à partir
de la mesure du dosimètre non protégé. G. Drexler et coll.
(
8) ont montré que pour les médecins pratiquant des cathétérismes
cardiaques le dosimètre poignet pouvait renseigner sur l'exposition des
doigts. Par contre, pour les autres procédures angiographiques, il n'existe
aucune corrélation entre ces deux points. T. Vehmas et H. Tikkanen (
9)
recommandent l'utilisation d'un second dosimètre à l'épaule
et de dosimètre aux doigts, car il n'y a aucune corrélation entre
les deux informations.
Plusieurs études confirment que la dose reçue par certains organes,
tels les yeux, la thyroïde et les mains, peut être très élevèe
en radiologie interventionnelle. Ce type de pratique ayant augmenté de
façon significative ces dernières années, une attention
toute particulière doit être portèe à la radioprotection
des opérateurs afin de respecter les recommandations de l'ICRP (
10).
Plusieurs dosimètres doivent être portés en des points caractèristiques
de l'exposition du radiologiste, car l'information fournie par le dosimètre
porté sous le tablier n'est pas représentative de l'hétérogénéité
de la dose qu'il reçoit. De plus, les règles pratiques de radioprotection,
une formation spécifique, un programme d'assurance de qualité
et une information sur les risques associés aux rayonnements ionisants
doivent conduire à réduire les niveaux d'exposition professionnelle
et à respecter les principes de radioprotection concernant la limitation
et l'optimisation.
1. Jonhson LW, Moore RJ, Balter S. Review of radiation safety in the cardiac
catheterization laboratory. Cathet Cardiovasc Diagn 1992 ; 25 : 186-194.
2. Aubert B, Lamon A, Beaudet G. Evaluation de nouveaux dosimètres électroniques
en milieu hospitalier. Journées SFRP de La Rochelle, 20-21 septembre
19994.
3. Sapoval M, Aubert B, Ricard M, Nguyen J, Roche A. Radioprotection of interventional
radiologists : an exposure study and review of protective means. Proceedings
of the 8th European Congress of Radiology, Vienna, 1993, 295.
4. Sapoval M, Aubert B, Nguyen J, Ricard M, Roche A. Radioprotection in interventional
radiology : should we be concerned ? Radiology 1992 ; 185 : 264.
5. Aubert B, Lamon A, Beaudet G. Evaluation de nouveaux dosimètres électroniques
en milieu hospitalier. Journées SFRP de La Rochelle, 20-21 septembre
1994.
6. Lacoste F, Lucas M. Le système Dosicard. Radioprotection 1993 ; 28
: 77-81.
7. Wambersic A, Delhove J. Radiation protection in diagnostic radiology, a debated
practice ; how to wear the individual dosemeters ? JBR-BTR 1993 ; 76 : 382-385.
8. Drexler G, Panzer W. Occupational exposure in X ray diagnosis. Radiation
Protection Dosimetry 1990 ; 32 : 163-170.
9. Vehmas T, Tikkanen H. Measuring radiation exposure during percutaneous drainages
: can shoulder dosemeters be used to estimate finger doses ? Br J Radiol 1992
; 65 : 1007-1010.
10. ICRP. Publication no 60, Recommandations of the International Commission
on Radiological Protection. Oxford, Pergamon Press éd., 1991.
Sommaire Section : Dosimétrie et radioprotection en sénologie.
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Page modifiée le 19/02/2003 à 15h14.
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