INTRODUCTION A LA DOSIMETRIE DES TRAVAILLEURS D'EDF
La dosimétrie des rayonnements ionisants a pour but de mesurer les conséquences
physiques ou biologiques d'une exposition et de permettre au médecin
du travail, à l'employeur et à l'individu d'assurer une surveillance
dosimétrique individuelle.
A ce but essentiel, il faut ajouter un effet psychologique sécurisant.
En effet, l'atteinte par les rayonnements ionisants est parfaitement indétectable
par les organes des sens. Invisibles et indolores, les rayonnements ionisants
peuvent provoquer des dommages biologiques importants sans que la personne s'en
aperçoive : c'est ce qui leur confère leur caractère inquiétant.
Heureusement, la plupart des détecteurs actuels utilisés pour
la dosimétrie individuelle permettent de mesurer des quantités
infimes de rayonnements, plus faibles même que l'irradiation naturelle
à laquelle l'humanité est soumise depuis son origine.
Le dosimètre individuel est donc en quelque sorte le 6e sens qui peut
mettre en garde la personne avant l'apparition d'un réel danger.
La dosimétrie individuelle sert à établir une véritable
prévention des effets nocifs des rayonnements ionisants.
Sur le plan pratique, la dosimétrie pose deux problèmes différents
mais étroitement liés :
- a détermination de la dose reçue par une personne exposée
au rayonnement d'une source externe à son organisme : c'est la dosimétrie
externe, seul sujet traité dans ce chapitre,
- l'estimation de la dose reçue par une personne du fait de la présence
dans son organisme d'une substance radioactive, c'est la dosimétrie interne .
LES GRANDEURS DE LA DOSIMETRIE INDIVIDUELLE
MESURE: Pour évaluer l'irradiation d'une substance soumise à
l'action des particules ionisantes, la grandeur de base est la dose absorbée.
La dose absorbée correspond à l'énergie cédée
par le rayonnement à l'unité de masse de la matière et
est exprimée en gray (Gy) qui vaut un joule par kilogramme. Cette mesure
n'a de sens que si l'on connaît le point exact où elle a été
faite ainsi que la nature précise de la matière. En effet, la
dose absorbée n'est pas la même pour des matières de composition
chimique, de masse ou de forme différentes soumises à une même
irradiation.
La radioprotection s'intéresse au corps humain : la dose doit donc être
définie dans ce corps ou dans un corps équivalent appelé
"fantôme".
De plus, pour caractériser le risque biologique résultant d'une
irradiation, il faut considérer que tous les rayonnements, à dose
égale, n'ont pas la même efficacité (facteur de qualité
ou facteur de pondération du rayonnement). La CIPR a proposé d'appeler
ces doses «doses équivalentes». Leur unité est le
Sievert (Sv).
Ces grandeurs n'étant pas directement mesurables, la Commission Internationale
des Unités Radiologiques et des mesures (ICRU) a défini des équivalents
de dose dans un fantôme standard pour les mesures pratiques de radioprotection.
Ce sont les grandeurs opérationnelles.
Enfin, pour caractériser le faisceau servant à étalonner
les dosimètres, la grandeur utilisée pour le cas des photons gamma
est le KERMA dans l'air (Kinetic Energy Release in MAterial) ; pour les neutrons,
la grandeur de base est la fluence, ce qui correspond à un nombre de
neutrons d'énergie donnée par unité de surface.
LES GRANDEURS OPERATIONNELLES (extrait du rapport ICRU 39)
Deux concepts sont introduits pour la surveillance individuelle. Le premier,
l'équivalent de dose individuel en profondeur Hp(d) convient aux organes
situés en profondeur qui sont irradiés par des rayonnements fortement
pénétrants. Le second, l'équivalent de dose individuel
en surface convient aux organes situés près de la surface du corps
qui sont irradiés par des rayonnements faiblement ou fortement pénétrants.
En pratique, sont considérés comme faiblement pénétrants
les rayonnements b et les g d'énergie inférieure à 15 Kev.
Par convention, l'ICRU a choisi de mesurer les grandeurs dosimétriques
à l'intérieur d'une sphère de 30 cm de diamètre,
en matériau équivalent tissu, de masse volumique 1 g par cm3.
Dans le cas de la surveillance individuelle, la grandeur à mesurer Hp(d)
est l'équivalent de dose dans les tissus mous en un point spécifié
sous une profondeur d avec d = 1 cm pour la dose profonde et d = 0,07 mm pour
la dose en surface.
La sphère ICRU constitue un fantôme valable mais pratiquement,
on peut utiliser un fantôme de forme parallèlépipédique
de 30 x 30 x 15 cm en matériau équivalent tissu.
Les nouvelles grandeurs opérationnelles ne sont pas vraiment entrées
en vigueur en France. Aussi, rencontre-t-on couramment des appareils conçus
pour mesurer des doses absorbées correspondant à la «dose
cristallin» (dose à 300 mg par cm2, ou à 3 mm de profondeur).
Dans la pratique, cette dose représente la dose organisme entier.
PRECISION RECHERCHEE
La CIPR recommande un système de limitation des doses dont les valeurs
ne peuvent pas être déterminées par des mesures directes.
Elle précise que lorsque les doses équivalentes sont de l'ordre
des limites annuelles d'exposition, l'erreur dans leur évaluation ne
doit pas excéder 50 %. Pour les mesures situées entre 1/5 à
1/10 des limites annuelles, l'erreur peut atteindre un facteur 2.
A noter : la précision recherchée pour les instruments de mesure
(Normes ISO et CEI) est de ± 20 %.
DISPOSITIONS LEGALES CONCERNANT LA SURVEILLANCE DOSIMETRIQUE EXTERNE
MESURE: En application des directives européennes 80/836 du 15 juillet
1980 et 84/467 du 3 septembre 1984, la prise en compte par la réglementation
a été opérée par l'adaptation de trois décrets
existants et relatifs à la protection des travailleurs contre les rayonnements
ionisants.
Les modifications ont peu concerné la surveillance dosimétrique
et les arrêtés datés d'avril 1968 ont été
confirmés par un arrêté du 30 septembre 1987.
Les nouvelles directives européennes 96/29 du 13 mai 1996 et 97/43 du
30 juin 1997 vont nécessiter une révision des dispositions actuelles.
OBLIGATION DE SURVEILLANCE DOSIMETRIQUE: (décret 88-662 du 6 mai 1988)
«Les travailleurs appartenant à la catégorie A doivent
faire l'objet d'une surveillance individuelle de l'exposition. S'il s'agit d'une
exposition externe, l'évaluation des équivalents de doses* reçues
doit être assurée au moyen de dosimètres relevés
mensuellement....».
TYPES DE DOSIMETRE :(arrêté du 19 avril 1968)
"Les travailleurs directement affectés à des travaux sous
rayonnements et exposés au risque d'irradiation externe doivent être
munis de dosimètres photographiques individuels".
Modes d'utilisation des dosimètres individuels
Le même arrêté précise :
"Le dosimètre est obligatoirement porté pendant les heures
de travail. Hors de ces dernières, il est obligatoirement rangé
sur un tableau nominatif prévu à cet effet et portant un film
témoin".
"L'identification du dosimètre au nom du porteur doit être
apparente et l'identification numérique exclure toute équivoque".
Spécifications techniques
Pour la totalité des rayonnements effectivement utilisés, le
seuil de mesure doit être au moins de 0,5 mSv et l'étendue minimale
de la gamme couverte de 250 mSv.
Le type de dosimètre utilisé doit être adapté au
type de rayonnements en cause notamment par l'usage d'écrans appropriés.
Interprétation
Tout dosimètre ne présentant pas de noircissement décelable
doit être considéré comme ayant reçu une dose nulle.
Laboratoires dosimétriques
Certains chefs d'Installation Nucléaire de Base (EDF, CEA, COGEMA) peuvent
être autorisés, par arrêté du ministre chargé
du travail, à assurer eux-mêmes la surveillance dosimétrique
de leur propre personnel. Dans ce cas, les résultats sont communiqués
à l'OPRI qui vérifie périodiquement la qualité des
mesures.
La dosimétrie opérationnelle faisant appel à d'autres
types de dosimètre que le dosimètre photographique ne fait l'objet
d'aucun texte réglementaire en France.
LES DOSIMETRES INDIVIDUELS
DU DOSIMETRE A LA DOSE
Le dosimètre individuel est un détecteur de particules ionisantes
qui permet d'évaluer l'irradiation subie par la personne qui le porte
sous l'action de rayonnements provenant de sources externes. Il se distingue
de la plupart des autres dosimètres non seulement par son caractère
"porté" mais aussi par la nature indirecte de la mesure pour
laquelle il est utilisé. En effet, un dosimètre ne peut indiquer
que la dose qu'il reçoit ; or, le dosimètre est employé
pour estimer la dose absorbée par l'individu qui le porte.
A cette première limitation, s'ajoute celle qui tient au fait qu'il
n'est pas sensible à tous les rayonnements (par exemple, les dosimètres
gamma sont insensibles aux neutrons) pour un rayonnement donné ; il n'est
pas identiquement sensible à toutes les énergies de ce rayonnement.
De plus, la présence du corps qui porte le dosimètre modifie
l'irradiation du dosimètre, sans oublier l'effet dû à la
corpulence du porteur.
La différence entre ce qui est véritablement mesuré et
l'objet de la mesure constitue l'une des principales sources de difficultés
de la dosimétrie individuelle.
UNE GRANDE DIVERSITE DE DOSIMETRES
Il existe différents types de dosimètres selon le rayonnement
mesuré, selon le point du corps où ils doivent être portés.
Il en existe deux catégories :
- les dosimètres passifs basés sur une mesure différée
d'une modification durable du détecteur après une période
d'utilisation plus ou moins longue,
- les dosimètres actifs mettant en uvre des ensembles électroniques
permettant d'obtenir immédiatement les informations.
La dosimétrie passive est essentiellement utilisée en dosimétrie
systématique et réglementaire des travailleurs. La dosimétrie
active a un rôle d'alarme par connaissance rapide de la dose, elle est
utilisée en dosimétrie dite "opérationnelle".
DOSIMETRE PASSIVE
Les dosimètres photographiques
C'est grâce à une émulsion photographique qu'Henri Becquerel
découvrit la radioactivité. Les émulsions photographiques
servirent ensuite à la radiographie et c'est tout naturellement que les
premiers dosimètres individuels furent des films, plus précisément
des films de radiographie dentaire.
L'émulsion photographique présente cependant de nombreux inconvénients.
Elle est sensible à diverses vapeurs chimiques et à beaucoup de
rayonnements non ionisants, c'est pourquoi il faut la maintenir à l'abri
de la lumière. Elle noircit au-dessus de 60°C et l'image latente
disparaît plus ou moins rapidement en fonction des conditions d'ambiance.
Elle est soumise à une norme internationale (ISO 1757). Cette norme fixe
les caractéristiques du dosimètre.
L'émulsion n'est pas "équivalente aux tissus", c'est-à-dire
qu'elle n'absorbe pas le rayonnement comme le corps humain. La présence
d'éléments lourds tels que l'argent et le brome entraîne
une absorption par effet photoélectrique beaucoup plus grande que celle
des tissus humains. Il en résulte une courbe de réponse en fonction
de l'énergie qui varie de presque deux ordres de grandeur entre 50 KeV
et 1 MeV. Il faut donc placer le film sous différents écrans pour
aplanir cette variation.
Suivant l'usage, le film peut comporter plusieurs émulsions et être
placé dans un boîtier contenant des écrans utiles pour des
mesures de rayonnements de différentes natures ou de différentes
énergies. A titre d'exemple, le film utilisé par le CEA comporte
7 écrans dont l'un au cadmium sert à la mesure des neutrons thermiques.
L'avantage de l'émulsion photographique réside dans l'examen
visuel du "négatif" pour rechercher des renseignements en cas
d'anomalie (position du porteur, présence de contamination, origine d'une
irradiation b
).(
Figure 9)
Figure 9: Le port du film
Les dosimètres thermoluminescents
A la fin des années 60, les détecteurs thermoluminescents ont
ouvert de nouvelles possibilités à la dosimétrie.
Ce sont des cristaux minéraux capables de restituer sous forme de lumière
lorsqu'ils sont chauffés, une partie de l'énergie reçue
des rayonnements ionisants.
Leurs performances présentent de sérieux avantages sur le dosimètre
photographique. Tout d'abord, ils sont presque "équivalents aux
tissus", ce qui évite l'usage d'écrans multiples. De plus,
ils présentent une meilleure sensibilité. Enfin, leur stabilité
est remarquable, ce qui permet un usage pendant plusieurs mois.
Le dosimètre thermoluminescent présente quelques inconvénients
liés à la difficulté d'obtention d'informations complémentaires
détaillées sur l'exposition du porteur et à la nécessité
de réaliser des investissements importants lors de l'achat de la chaîne
de lecture. De plus, la lecture détruit l'information contenue dans le
cristal.
Les dosimètres à traces dans les matières plastiques
Ce sont des dosimètres pour les neutrons rapides (au-delà de
100 keV) : sans précaution particulière (traitement et sélection
des lots) le seuil de détection est élevé (1 mSv) ; les
doses équivalentes lues peuvent aller jusqu'à 100 mSv.
Leur principe est le suivant : les ions lourds (protons de recul) déplacés
par leur choc avec les neutrons créent des défauts dans l'édifice
moléculaire du détecteur. Après révélation
par attaque chimique, on obtient des trous que l'on peut compter au microscope.
Les techniques de traitement de l'image permettent une lecture automatisée.
Ils sont insensibles au rayonnement gamma. Ils n'existent qu'à l'état
expérimental ou ne sont employés que pour la surveillance en routine
de faibles effectifs.
Les dosimètres à bulles
Ils fonctionnent selon le principe des chambres à bulle (corps en état
de surchauffe). Ressemblant à un petit tube à essai, ils contiennent,
au sein d'un élastomère translucide, une émulsion d'un
composé organofluoré : traversées par des particules très
ionisantes (protons ou particules alpha mis en mouvement par les neutrons),
les gouttelettes se vaporisent en bulles de gaz qui sont emprisonnées
dans le polymère et que l'on peut compter.
Comme pour les dosimètres à traces, la lecture peut être
manuelle ou automatisée. Ils sont réutilisables par recompression
des bulles (environ 25 fois). La réponse en énergie est très
bonne : ils peuvent être utilisés comme dosimètres universels
de neutron pour mesurer des énergies, du thermique à 10 MeV. Malheureusement,
la dynamique de mesure est très faible, ce qui implique parfois le port
de deux dosimètres et l'addition de leurs indications.
DOSIMETRIE ACTIVE
La dosimétrie active existe depuis la mise en service des stylos électromètres
à "lecture directe" : son développement est lié
à une évolution technique (détecteurs, traitement électronique....)
et à un besoin croissant de la part des exploitants mettant en place
une politique d'optimisation de la radioprotection (application du principe
ALARA). Cette politique nécessite une connaissance précise de
la dose induite par chaque opération élémentaire de maintenance
ainsi qu'un suivi en temps réel de la dosimétrie intégrée
par chaque intervenant.
Les dosimètres électroniques (
Figure 10)
Figure 10: Le dosimètre électronique.
La conception des dosimètres au cours des dix ans écoulés
a beaucoup évolué selon les points principaux suivants :
- Détection : l'évolution technologique de la fonction détection
s'est déroulée en trois périodes :
1981 : détection par tube Geiger-Müller,
1985 : détecteur silicium et microprocesseur,
1989 : détecteur silicium et microprocesseur à haute intégration.
Les premiers dosimètres utilisaient des compteurs Geiger-Müller.
Le passage au détecteur à semi-conducteur (diode silicium) a permis
d'améliorer la linéarité de la réponse en énergie
et la précision des mesures dans les débits de dose élevés.
- Caractéristiques mécaniques : Les premiers dosimètres
pesaient environ 200 g pour atteindre aujourd'hui un poids de l'ordre de 120
g. La miniaturisation du dosimètre (encombrement réduit du détecteur
et consommation d'énergie très faible) a conduit certains constructeurs
à proposer sur le marché des dosimètres au format «carte
de crédit» ne pesant que 60 g et ayant une autonomie d'un an.
- Caractéristiques dosimétriques : Celles-ci sont définies
dans une norme CEI (Commission électrotechnique Internationale) publiée
en 1995 sous la référence CEI-45B 1283. Cette norme est relative
aux appareils de mesure de dose équivalente et de débit de dose
équivalente b, X et g. Les dispositifs équipés de diodes
au silicium permettent de couvrir une gamme disposant au minimum de 4 décades
avec un seuil de détection de 1 µSv pour les appareils les plus
performants, valeurs compatibles en radioprotection, même en cas d'accident.
Les effets de saturation n'entraînent pas une annulation de l'information
contrairement au problème rencontré par l'utilisation de compteurs
Geiger-Müller. Les défauts de linéarité sont généralement
inférieurs à ± 20 %. Il n'est pas nécessaire de
se référer à une courbe d'étalonnage comme dans
le cas de l'émulsion photographique. Malgré de sérieuses
tentatives réalisées avec la mise en oeuvre de détecteurs
à diodes ou de compteurs proportionnels équivalents aux tissus,
il n'existe pas pour l'instant d'appareil à l'état de marche industrielle
valable pour la détection des neutrons rapides (supérieurs à
10 keV).
- Caractéristiques opérationnelles : elles sont essentiellement
liées à la rapidité de la collecte de l'information et
à la gestion informatisée. Les constructeurs ont donc équipé
leurs dosimètres des fonctions suivantes :
· mesure et affichage de la dose équivalente et du débit de dose équivalente,
· indication du débit de dose équivalente par éclat lumineux,
· alarmes sonores programmables ou fixes sur la dose équivalente et le débit de dose équivalente,
· gestion des seuils d'alarmes,
· capacité d'enregistrer l'évolution de la dose (historique),
· contrôle d'accès en zone contrôlée.