Le cours de Josette Briand Champlong résume la réglementation de
la radioprotection des travailleurs.
Il doit vous permettre d'ensuite approfondir la question en lisant directement
les textes officiels mis à votre dispositions dans ce module très
important pour l'obtension de la qualification de personne compétente en
radioprotection.
3.8 textes nationaux
- Décret 86-1103 du 2 octobre 86, modifié par le décret
88-662 du 6 mai 88 (travailleurs)
- Décret 88-521 du 18 avril 1988, principes généraux, modifiant
le décret 66-450 du 20/6/1966
- Décrets 75-306 du 28 avril 1975, pour les installations nucléaires
- Décret 89-502 du 13/5/89 pour les industries extractives (c'est à
dire les mines d'uranium de France :
Note : En France les filons sont assez pauvres et on peut, sans risque, demander
à les visiter en écrivant à la COGÉMA : Vendée,
près d'Alès et dans le limousin à Bessine sur Gartempes.
Au Canada, l'une des mines est si riche que l'extraction humaine est impensable
; tout est automatisé.
- Arrêté du 23 mars 1999, précisant les règles de
la dosimétrie externe des travailleurs affectés à des travaux
sous rayonnements, en application des articles 20 bis et 25-I du décret
du 28 avril 1975 modifié et des articles 31 bis et 34-I du décret
du 2 octobre 1986 modifié
3.9 Actuellement 3 principes généraux guident la réglementation
de la radioprotection :
3.9.1 Justification de la pratique
on ne fait pas faire un travail dangereux si il n'en résulte pas un
grand bénéfice collectif
3.9.2 Optimisation de la protection
Souvent exprimée par l'acronyme anglophone ALARA : As Low As Reasonably
Achievable
Il s'agit de réduire les expositions, même en dessous de la limite,
tant que les impératifs techniques et médico économiques
l'autorisent
Ce principe est issu de se l'impossibilité de définir un risque
nul : les premières action de réduction sont très efficaces
pour un faible coût, mais pour réduire encore le risque résiduel,
les coûts augmentent de plus en plus pour un résultat de plus en
plus faible.
Le principe ALARA s'applique donc nettement en dessous du risque inacceptable
qui est évité par la limite réglementaire. ALARA permet
de "ne pas tutoyer les limites"
3.9.3 limitation des expositions individuelles
Le but est de prévenir l'apparition de tout effet déterministe
en restant en dessous de limites et de limiter les risques stochastiques à
un niveau acceptable, c'est-à-dire du niveau des autres risques de la
vie quotidienne.
Note : Ces limites ne s'appliquent pas à l'exposition naturelle ni aux
expositions à des fins médicales, car compte-tenu de l'objectif
médical, théoriquement bénéfique pour l'individu,
la limitation réglementaire des doses n'a pas de raison d'exister en
médecine pour le radiodiagnostic ou la radiothérapie.
3.9.4 Pour fixer les limites, on définit à la fois des limites
par catégories de personnes et pour les organes plus sensibles :
a.- Il existe ainsi trois catégories (ou groupes) de personnels :
a1- Catégorie A : personnels les plus exposées ou DATR (directement
affectés aux travaux sous rayonnements ionisants)
Ce sont par exemple : les radiologistes, manipulateurs et, par définition,
toutes les personnes qui dans les conditions normales de leur travail sont susceptibles
dépasser les 2/3 de la limite (5 rem/an) Il est clair que 90 % des travailleurs
de cette classe ont des dosimètres à zéro, mais ils seraient
susceptibles de ne pas l'être.
a2- Catégorie B : personnels non directement affectés : définis
par moins des 3/10è de la limite mais plus du 1/10è
a3- Catégorie C : personnels non particulièrement exposés
= grand public c'est à dire moins du 1/10è des limites
b.- Classement des parties du corps: il faut distinguer, au plan réglementaire
:
b1- Le corps entier, pris dans sa globalité,
b2- La peau,
b3- Les cristallins
b4- Les mains et les pieds
3.10 Les limites de dose pour les expositions externes
Elles sont définies pour des conditions de travail normales : les incidents
et accidents sont donc clairement exclus
3.10.1 Catégorie A :
La dose corporelle globale doit rester inférieure à 50 mSv par
an et moins des 6/10 sur 3 mois.
Une exposition exceptionnelle concertée est possible sur un an (x2)
et sur une vie professionnelle (x5).
L'exposition d'urgence est possible
Pour la peau et les extrémités (mains et pieds), la limite de
dose annuelle est de 500 mSv.
Pour le cristallin, la limite de dose annuelle est de 150 mSv.
Pour l'abdomen d'une femme enceinte, il existe une limite supplémentaire
de 10 mSv sur l'abdomen entre la déclaration de l'abdomen et l'accouchement.
Par ailleurs l'exposition trimestrielle d'une femme ne doit pas dépasser
le 1/4 de la dose annuelle (pour éviter un pic qui tomberait sur un début
de grossesse inconnue)
3.10.2 Catégorie B :
Les limites de doses pour les personnels classés en catégorie
B sont les trois dixièmes (3/10è) des limites établies
pour les personnels de la catégorie A
3.10.3 Catégorie C et public :
Les limites de doses pour les personnels classés en catégorie
C et pour le public sont le dixième (1/10è) des limites de doses
des personnels de catégorie A.
3.10.4 Les limites de dose pour les expositions internes aux radioéléments
Pour les définir, il convient de distinguer les radioéléments
qui se fixent sur l'organisme entier (exemple tritium) de ceux qui ont un tropisme
pour des tissus particuliers (os, thyroïde)
On fixait autrefois une limite annuelle d'incorporation (LAI) comme la plus
petite des limites d'activité (de l'élément considéré)
qui entraînerait soit 50 mSv au corps entier soit 500 mSv à l'organe
le plus irradié. La nouvelle réglementation a abandonné
cette notion de LAI et considérer qu'on répartit sur 2000 h pour
une respiration normale 1,2 M3/h donc on s'arrête à la dose limite
dérivée de concentration dans l'air LDCA
Ainsi en considérant le lieu de travail, on peut à partir de
ces limites et du nombre d'heures de travail, distinguer des zones réglementées
différentes:
- Zone non réglementée : trèfle gris bleu
- Zone surveillée : trèfle vert
- Zones à accès réglementé et à temps de
séjour limité : Tréfle jaune et orange
- Zone à accès strictement interdit : Trèfle rouge
L'exposition exceptionnelle concertée est limitée au maximum
à deux occasions dans la vie de l'individu.
Elle impose un avis du CHSCT, un examen médical, est réservé
au personnel de catégorie A sauf les femmes en âge de procréer,
avec accord éclairé de l'individu et aménagement des limites
les années suivantes pour minorer le risque ultérieur.
L'exposition d'urgence est prévue pour assister une personne en danger
ou éviter un accident d'un plus grand nombre (2 cas US en 1948 dans un
réacteur de recherche, et ils sont décédés en quelques
heures ; un cas aussi dans un bombe au cobalt dont le mécanisme de rentrée
de source ne fonctionnait pas : les 2 manipulateurs sont entrés pour
sortir le patient en urgence).
En principe, il devrait y avoir une liste de volontaires prédéfinis,
comme au CEA où les volontaires ont eu un typage HLA précis pour
le cas où...
Á Tchernobyl, il n'y aurait eu officiellement que 32 morts dont 2 décédés
par écrasement par la chute du couvercle ; mais il y a en fait certainement
eu plus de morts car on peut craindre une certaine sous déclaration et
une sous identification des décès par irradiation.
4.1 Rôle de l'employeur :
Un employeur qui utilise ou détient des sources de rayonnement doit
respecter la réglementation, qui lui impose trois sortes de taches :
4.1.1 Obligations administratives
Elles consistent à veiller au respect des formalités auprès
des autorités de tutelle, la mise en place d'une structure de radioprotection,
la tenue des documents administratifs de suivi, la formation et informations
des personnels :
- Déclaration à la DDAS en 3 exemplaires (DDASS, OPRI et inspection
du travail)
- Pour une source radioactive, une demande d'autorisation CIREA, une demande
d'agrément pour l'OPRI, et des conditions de stockage ou d'élimination
dans des conditions réglementaires des déchets vers l'ANDRA (ce
qui coûte environ de 3000 à 6000 FF le fut de 200 litres)
- Demande d'autorisation d'équipements médicaux lourd
- Homologation et agrément des appareils, et bientôt nouvelle
procédure du marquage CE. (chaque appareil doit être fourni avec
son certificat de conformité du matériel homologué.(norme
NF 74-100 pour appareillages électriques et 74-110 pour les appareillages
médicaux
Une fois installé, par un installateur agréé (par l'OPRI),
et la conformité reconnue aux normes NFC 15-161 pour les appareillages
médicaux et NFC 15-163 pour les appareillages dentaires, l'installation
doit recevoir une homologation de l'OPRI
- Présence d'un physicien d'hôpital
- Pour une bombe au cobalt, des limites de débit minimal de façon
à éviter des durées d'examen trop longues avec risque de
bougé
4.1.2 Obligations techniques:
L'employeur doit veiller à disposer d'installations conformes, ayant
subi avec succès un contrôle à la première mise en
service, puis des contrôles périodiques, tous les 3 ans si le générateur
électrique a moins de 10 ans, et 2 ans au delà, ou tous les ans
pour les sources scellées.
Il faut aussi un contrôle après toute modification et tout dépassement
des limites
L'employeur doit également organiser une formation appropriée
du personnel et mettre en place les consignes de sécurité : on
doit indiquer aux travailleurs le nom et l'adresse du médecin du travail
et ceux de la personne qualifiée en Radioprotection.
4.1.3 Obligations médicales, déléguées au médecin
du travail.
Des examens médicaux appropriés et le suivi médical individuel
des expositions doivent être mis en place : vérification de l'aptitude
des personnels au poste de travail (selon la fiche des conditions de travail
établie par la personne compétente) ; les résultats de
la surveillance dosimétrique et des examens de surveillance spéciale
(fiche des conditions de travail, suivi d'aptitude tous les 6 mois, éventuellement
prise de sang et autres examens supplémentaires) doivent être suivis
dans le dossier du travailleur.
Le médecin du travail doit encore :
- disposer de la liste des maladies professionnelles liées aux rayonnements
(tableau 6) et des accidents du travail,
- faire une information des travailleurs et notamment des femmes enceintes ou
en âge de procréer
- leur remettre une fiche catégorie A dont le double est adressé
à l'OPRI
En France, seul le film photographique était jusqu'en 1999 le dosimètre
légal (OPRI, LCIE, CEA, COGEMA et la défense peuvent lire les
mesures mais l'OPRI cumule les résultats de tous). Dans d'autres pays
les dosimètres à thermoluminescences (ou TLD) sont aussi légalement
valables depuis plusieurs années.
La dosimétrie légale est mensuelle, mais l'employeur doit y ajouter
une dosimétrie opérationnelle plus fine officielle depuis l'arrété
du 23 mars 1999 qui officialisa l'usage des dosimètres intégrateurs
à lecture directe électroniques, dont la forme moderne est de
la taille de la carte de crédit (environ 1800 FF) . On peut lui programmer
des alertes en débit ou en dose intégrée
Notes : 25% des sources sont médicales ou destinées à
la recherche.
En 1995, sur les 70 travailleurs qui ont dépassé la dose, 54
venaient du médical, 15000 dépassait 15 mSv et 200 000 avaient
zéro
4.1.4 Rôle de la personne compétente :
Elle analyse les postes de travail pour en faire les fiches descriptives et
doit déterminer prospectivement les risques d'incidents et d'accidents,
préparer un plan d'urgence, mettre en place des mesures de protection
contre les RI; participer à la formation et l'information des personnes
exposées
La nouvelle directive européenne tient compte de l'évolution
des coefficients de pondérations : :le terme de dose équivalente
à remplacé celui d'équivalent de dose et on préfère
actuellement parler de dose efficace (et non en Français de dose effective).
On catégorise aussi les pratiques et les interventions (pour prendre
en compte les incidents). On a abaissé les limites de dose et on tient
maintenant compte l'exposition due aux sources de rayonnements naturels
Note : Un voyage en Concorde Paris - New York correspond à une exposition
moyenne de 30 µSv. : on reçoit environ 50 µSv lors d'un vol en Concorde
entre Paris - Rio de Janeiro. Par exemple, pour dépasser la dose limite
du public, il faudrait effectuer 18 vols Paris - Tokyo