A.
COUSSEMENT Hôpital de Cimiez - Nice
La grande diversités de malformations brochopulmonaires
qui se développent pendant la période embryonnaire provient
d'une différentiation anormale du système respiratoire ou
digestif
, d'une séparation anormale entre les deux, ou d'un
développement anormal de la circulation
. De plus en plus souvent, la malformation est déja
découverte sur l'échographie anténatale
. Par la suite, si elle ne se manifeste pas dans la période
néonatale
, elle est découverte dans l'enfance ou à
l'age adulte
, et parfois à l'occasion d'un examen systématique.
Les clichés standart sont le point de départ de toute
réflexion. Parfois ils sont suffisants Plus souvent ils guident
la séquence des examens utiles. Pour les malformations
sans atteinte rachidienne associée
, le scanner est le meilleur examen
, permettant d'établir la nature kystique ou solide, simple ou
polylobée etc.
La découverte d'anomalies vertébrales impose
une IRM pour évaluer l'atteinte intrarachidienne
. La suspicion de communication avec le tube digestif doit
faire pratiquer un TOGD
. Toutes ces malformations peuvent survenir isolément
mais plusieurs peuvent être associées et parfois la séparation
entre l'une et l'autre même histologiquement est impossible
.
1.1. Séquestration
Le complexe des séquestrations bronchopulmonaires
ou malformations broncho-pneumo-vasculo-phréno-digestives
, pour n'oublier aucun élément potentiel
de ces anomalies de développement
La séquestration est une masse de tissu pulmonaire
non fonctionnel qui n'a pas de connection avec l'arbre bronchique ou les
artères pulmonaires
. Sa vascularisation artérielle vient d'un vaisseau
systémique
, habituellement une branche de l'aorte abdominale et son
drainage veineux peut se faire soit dans les veines pulmonaires soit dans
la veine cave inférieure ou dans le système azygos
. Il est classique de distinguer les séquestrations
intra lobaires et extra lobaires
. Les séquestrations extra lobaires sont plus fréquemment
associées à d'autres anomalies congénitales
, elles sont aussi plus souvent de découverte accidentelle
parce qu'elles se manifestent comme des masses asymptomatiques au niveau
du diaphragme ou même en dessous
. Ces séquestrations sont séparées
du parenchyme pulmonaire normal et elles ont leur propre couverture pleurale
. Dans 90 % ces séquestrations extra lobaires sont
en contiguité avec l'hémidiaphragme gauche
, donc dans la plupart des cas il s'agit d'une masse basi
thoracique de densité tissulaire
, la circulation systémique de la malformation peut
parfois être mise en évidence au doppler pulsé et
couleur
.
La séquestration intra lobaire est plus souvent
associée avec une infection pulmonaire
, en effet dans ce cas la séquestration est contigue
au poumon normal et la couverture pleurale est la même que celle
du poumon normal
, le siège est le plus souvent la gouttière
paravertébrale gauche
, et la communication du poumon séquestré
avec le poumon qui l'entoure est habituellement la conséquence
d'une infection pulmonaire
. L'aspect radiologique de ces séquestrations dépend
de leur degré d'aération et de la présence ou l'absence
d'une lésion associée
. Il peut s'agir d'un tissu pulmonaire emphysémateux
autour de la lésion
. La vascularisation de la masse séquestrée
est naturellement mieux vue en angiographie mais on peut parfois la visualiser
correctement en résonance magnétique
.
On peut rattacher au cadre des séquestrations :
- La vascularisation systémique d'un poumon normal
. Un poumon normal (d'habitude un lobe inférieur)
est vascularisé par un vaisseau d'origine systémique
, le drainage veineux se fait dans les veines pulmonaires
. Ces patients se présentent comme des shunts gauches
droits bien que parfois la lésion puisse être diagnostiquée
sur un examen radiographique de routine
. La différence entre cette anomalie et une séquestration
peut être faite en scanner par le fait que le poumon lui même
est normal en dehors de l'hypervascularisation et qu'il n'y a ni kyste
ni masse pulmonaire présente
.
- Le syndrome veino-lobaire
, (syndrome du Cimeterre
, hypogénésie pulmonaire)
. Ce syndrome affecte presque toujours le poumon droit
dont la portion inférieure est drainée par une veine anormale
qui typiquement se dirige en dessous du diaphragme et se termine dans
la veine cave inférieure ou une veine hépatique
. Cette anomalie est souvent associée à d'autres
malformations
, la vascularisation de ce poumon hypoplasique est habituellement
une petite artère pulmonaire mais il peut s'agir également
d'une artère systémique
. Sur les radiographies on voit typiquement une dextro
position du coeur
, un petit poumon droit et l'aspect en cimeterre de la
veine anormale
.
- Le poumon en fer à cheval est une malformation
dans laquelle les poumons se rejoignent en arrière
. Il existe une dextro version du coeur et une hypoplasie
du poumon droit
, et souvent un retour veineux partiel anormal dans la
veine cave inférieure et une vascularisation systémique
anormale
. L'angiographie pulmonaire montre les branches artérielles
qui croisent la ligne médiane du coeur
. Un scanner haute résolution peut déterminer
si les deux poumons sont réellement fusionnés ou s'il existe
de la plèvre qui continue à séparer le poumon hernié
du poumon hypoplasique
.
- Dans le syndrome du diaphragme accessoire
, l'hypoplasie pulmonaire habituellement à droite
est également présente et l'on rencontre des anomalies associées
comme un retour veineux pulmonaire anormal
, une cardiopathie congénitale
, une hernie diaphragmatique et des anomalies vertébrales
.
1.2. L'emphysème lobaire
L'emphysème lobaire congénital (ou géant)
: un ou deux lobes sont très distendus et entraînent une
compression du tissu normal. Il y a de multiples causes
comme l'obstruction bronchique localisée intrinsèque ou
extrinsèque et des anomalies primitives dans le nombre des alvéoles
ou dans la structure alvéolaire
. L'emphysème lobaire congénital est habituellement
découvert dans la période néonatale mais s'il y a
peu de compression médiastinale ou que la composante obstructive
n'est pas prédominante
, elle peut ne devenir symptomatique que plus tard dans
l'enfance
, et ces enfants se présentent alors avec un lobe
hyperclair
, le plus souvent le lobe supérieur gauche ou le
lobe supérieur où moyen droit
. La recherche de l'obstruction bronchique peut se faire
au scanner
. Dans cette malformation le poumon est anormal mais sa
vascularisation est normale
.
Ils sont le type le plus commun des kystes pulmonaires
congénitaux
. C'est un développement anormal qui résulte
d'un défaut de croissance de l'ébauche pulmonaire
. Un kyste bronchogénique peut être aussi
bien intra pulmonaire que médiastinal
. La localisation intra pulmonaire résulte probablement
d'une erreur embryologique plus précoce que le kyste médiastinal
. Les kystes intrapulmonaires communiquent également
fréquemment avec l'arbre bronchique puisque les deux tiers sont
en général aérés
. Ils sont bordés par de l'épithélium
respiratoire et peuvent être remplis avec du matériel clair
ou mucoïde
. Les radiographies vont montrer une opacité arrondie
ou ovalaire
, soit aérique soit pleine ou avec un niveau liquide
et dont la taille peut être très variable
. Les parois lorsqu'elles sont visibles sont fines et régulières.
Le kyste est uniloculaire et survient dans les deux tiers des cas dans
les lobes inférieurs
. Les kystes neuro-entéiques se présentent
comme les kystes bronchogéniques mais dans le médiastin
postérieur et avec une communication avec le canal rachidien qui
est fréquemment anormal
. L'IRM peut mettre en évidence une masse intracanalaire
kystique
, dont le signal est plus élevé que celui
du LCR
, et qui comprime la moelle.
Il s'agit d'une masse multikystique de tissu pulmonaire
dans laquelle il existe une prolifération de structures bronchiques
aux dépens du développement alvéolaire
. Le lobe infecté est augmenté de volume
et de poids
, il est composé d'une lésion kystique avec
une désorganisation des structures bronchiques
. On en distingue trois types. Dans le type 1 il existe
un seul ou plusieurs grands kystes
, Dans le type 2 de multiples petits kystes et dans le
type 3 une large masse non kystique
. L'échographie montre des masses hypoéchogènes
dans les deux premiers et hyperéchogène dans le type 3
.
Radiologiquement il s'agit d'une masse souvent lobulée
et qui peut contenir soit du liquide soit de l'air
. Le diagnostic différentiel avec une hernie diaphragmatique
ou un emphysème lobaire congénital est difficile
. Le scanner montre dans ces cas de multiples kystes
, ce qui n'est pas fréquent dans l'emphysème
lobaire congénital
.
C'est l'absence complète de parenchyme pulmonaire
y compris la vascularisation et les bronches
. Elle est quatre fois plus fréquente à gauche
. Le coeur et du médiastin sont déplacés
du côté atteint qui est complètement opaque et rétracté
. Une partie du poumon contro latéral emphysémateux
est souvent hernié de l'autre côté de la ligne médiane
. Ceci peut rendre le diagnostic difficile. Sur le cliché
standard la clé du diagnostic est l'absence de bronche souche du
côté atteint
, sur les clichés de médiastin filtré
.
Elle se définit comme une diminution du nombre des bronches périphériques
et des acinis, elle peut être uni ou bilatérale
, et elle est souvent associée à d'autres
anomalies comme l'agénésie rénale
, la hernie diaphragmatique etc
. Elle peut parfois être acquise à la suite
d'infections pulmonaires
. L'artère pulmonaire du côté atteint
est habituellement petite
. Le scanner ou la résonance magnétique sont
utiles pour faire la différence entre une agénésie
de l'artère pulmonaire ou une hypoplasie pulmonaire
. Dans l'hypoplasie pulmonaire l'hémithorax affecté
est en général petit
, il y a un déplacement du médiastin du côté
atteint
, les opacités hilaires sont petites et le poumon
est hyperclair
.
Ils se présentent comme des nodules pulmonaires
raccordés au hile par une afférence artérielle et
une afférence veineuse dilatées
. Leur identification peut être faite en scanner
ou en angiographie
.Une localisation multiviscérale dans le cadre d'une
maladie de Rendu-Osler doit être recherchée
.
Les lymphangectasies pulmonaires congénitales
sont rares
, peuvent atteindre les deux poumons de façon diffuse
, sont souvent vues en période néonatale
et accompagnées d'une cardiopathie congénitale
, radiologiquement il existe un syndrome interstitiel diffus
et marqué
.
Lorsqu'ils ne meurent pas rapidement après la
naissance
, il s'agit d'une forme moins importante où lors
de la découverte les signes sont ceux d'un syndrome interstitiel
diffus
. On ne sait pas si les lymphagectasies pulmonaires chez
ces patients représentent la même maladie que chez ceux qui
meurent précocemment
.
L'atrésie trachéale est rare et léthale
. L' atrésie bronchique est une interruption complète
courte d'une bronche segmentaire rarement lobaire
. Elle siège avec prédilection sur la bronche
apico-dorsale du lobe supérieur gauche
, A la naissance le segment pulmonaire est généralement
plus opaque parce qu'il existe un retard au nettoyage du liquide foetal
et cette opacité est ensuite graduellement remplacée par
une hyper inflation résultant de la ventilation latérale
à travers les pores de Kohn
. Cette hyperclarté localisée est donc l'apparence
classique chez le grand enfant et l'adulte et la bronche atteinte peut
se remplir de liquide et se manifeste comme une petite masse pleine dans
la région hilaire
, réalisant un bronchocoele L'atrésie bronchique
est fréquemment associée à d'autres malformations
comme les kystes bronchogéniques
, séquestrations et malformation adénomatoïde
.
La fistule trachéo-oesophagienne présente
différents types (figure1) parfois isolée
, souvent associée à beaucoup d'autres malformations
. Elles sont présentes chez 70 % des patients qui
ont une atrésie oesophagienne
.
Les fistules trachéo oesophagiennes survenant
sans atrésie de l'oesophage sont difficiles à reconnaître
à la fois cliniquement et radiologiquement
, si la fistule est petite elle peut passer inaperçue
pendant un certain temps et le patient se présente avec des pneumopathies
récurrentes soit dans l'enfance soit même plus tardivement
. Il faut donc y penser devant des enfants qui se présentent
avec des problèmes respiratoirs inexpliqués et des pneumopathies
récidivantes
. Ils doivent être explorés de façon
à mettre en évidence une fistule trachéo oesophagienne
La fistule est en général oblique en haut et en avant
, entre l'oesophage et la trachée
. Elle siège au niveau cervical ou cervico thoracique
et la meilleure manière pour la mettre en évidence consiste
à mettre le patient sur le ventre avec si possible la table d'examen
en position horizontale
, ce qui est possible chez les tout petits enfants mais
pas chez les plus grands
. Le patient est placé alors en décubitus
latéral droit et l'examen doit être fait au moyen d'un cathéter
naso-oesophagien
. En effet lors de la déglutition
, la distension oesophagienne n'est pas suffisante pour
ouvrir la fistule
. L'extrêmité du cathéter est mis en
général au dessus du cardia
, et ensuite on injecte avec force quelques centimètres
cubes de produit de contraste
, poussé dans la même seringue par 15 à
20 centimètres cubes d'air qui vont distendre l'oesophage
. Ceci est fait sous surveillance radioscopique permanente
, et ainsi en distendant l'oesophage sous pression on a
des chances de pouvoir mettre en évidence une eventuelle fistule
. Cette manoeuvre est à répéter plusieurs
fois en remontant progressivement le cathéter jusqu'au niveau de
l'hypopharynx
. Il faut bien sûr faire attention de ne pas injecter
de produit de contraste dans la trachée
. On est parfois obligé de répéter
l'examen plusieurs fois s'il existe cliniquement une forte suspicion de
fistule et qu'on n'arrive pas à la mettre en évidence
.