* Matrice tumorale
: l'analyse de la matrice tumorale peut apporter des
éléments d'orientation étiologique
. La nature cartilagineuse d'une lésion se caractérise
par la présence de calcifications lobulées ("en pop-corn")
ou arciformes
. La constatation de niveaux liquides se fait dans diverses
lésions
: kyste anévrysmal (++)
, kyste osseux essentiel fracturé
, ostéosarcome télangiectasique, ostéoblastome,
tumeur à cellules géantes
, hémangiome osseux
, ostéomyélite
...
* Parties molles adjacentes
: l'extension dans les parties molles correspond à
diverses circonstances
. On distingue le développement exo-osseux exclusif
(ostéochondrome
, sarcome parostéal
, certains kystes anévrysmaux
...) et le développement accompagné d'une
atteinte endo-osseuse (tumeur d'Ewing
, ostéosarcome, kyste anévrysmal
, ostéoblastome...). Il s'agit dans ce dernier cas
d'un caractère d'agressivité
, d'autant plus que l'extension est concentrique
.
Au terme de cette analyse, on peut différencier:
- Lésion lentement évolutive
: ostéolyse type IA
, trouble du modelage osseux; hyperostose corticale ou
apposition périostée unilamellaire épaisse
.
- Lésion intermédiaire
: ostéolyse type IB; appositions périostées
fines
, plurilamellaires continues.
- Lésion rapidement évolutive
: ostéolyse type IC
, II ou III; appositions périostées rompues
ou spiculaires; envahissement des parties molles
.
La topographie de la lésion sur un os long ou
sur un os plat peut donner une orientation étiologique
.
* Epiphyse
- chondroblastome et tumeur à cellules géantes
, mais aussi granulome éosinophile et infection
.
* Métaphyse
- pas d'orientation possible
, prés d'un tiers des lésions
, quelque soit le type, sont métaphysaires fémorales
inférieures ou tibiales supérieures; 80% des ostéosarcomes
siègent près du genou
.
* Diaphyse
- tumeur d'Ewing
, métastase mais aussi processus infectieux
.
* Os plat
(côte ou aile iliaque)
- tumeur d'Ewing
, granulome éosinophile
, métastase
, chondrome et chondrosarcome (aile iliaque)
, kyste anévrysmal et processus infectieux
.
* Rachis
- corps vertébral: granulome éosinophile
, tumeur d'Ewing
, métastase
, angiome;
- arc postérieur: ostéoblastome, kyste
anévrysmal;
- base du crâne et sacrum
: siège de prédilection du chordome
.
Des lésions osseuses tumorales multiples se rencontrent
dans diverses circonstances
: ostéochondromes
, chondromes
, granulome éosinophile
, métastases
, exceptionnellement tumeur d'Ewing métastatique
d'emblée ou ostéosarcome multifocal
.
Avant l'âge de 5 ans
, une lésion agressive est le plus souvent une métastase
de neuroblastome
, un granulome éosinophile
, plus rarement une tumeur d'Ewing
, exceptionnellement un fibrosarcome. Penser chez le nourrisson
aux formes monostotiques d'hyperostose corticale infantile (omoplate
, aile iliaque)
.
Au-delà de l'âge de 5 ans
, une lésion agressive est plutôt une tumeur
d'Ewing ou un ostéosarcome
.
La tumeur à cellules géantes ne survient
en règle qu'après le milieu de la 2ème décade
.
2.5. Au total
Au terme de cette première analyse, trois situations schématiques
sont possibles :
- Lésion d'allure bénigne certaine
(biopsie à visée diagnostique inutile
, mais quelquefois geste chirurgical nécessaire
: exostose avec compression sur les structures voisines
, kyste osseux en zone portante
, exérèse...).
- Lésion d'allure agressive
avec comme première hypothèse une tumeur
maligne (biopsie chirurgicale indispensable à réaliser après
le bilan complet d'imagerie)
.
- Diagnostic hésitant
: s'inscrivent dans ce cadre, les lésions présentant
un caractère évolutif intermédiaire (cf supra) ou
les lésions mal explorées par les clichés simples
.
La stratégie d'exploration peut se résumer dans le tableau
suivant:
Ce sont des anomalies très fréquentes.
La lacune fibreuse corticale n'est jamais symptomatique
. L'aspect radiologique est caractéristique
: lésion métaphysaire corticale
, de petite taille
, à limites nettes et liseré d'ostéocondensation.
La disparition spontanée est possible ou l'évolution peut
se faire vers le fibrome non ossifiant
. L'aspect de celui-ci est identique à celui de
la lacune corticale
, de taille plus importante
, supérieure à 3 cm
, révélé dans un tiers des cas par
une fracture
.
Le desmoïde périosté est une lésion
de même nature
. Il se rencontre le plus souvent chez les garçons
entre 10 et 15 ans
, de façon bilatérale dans un tiers des
cas
. Sa topographie est particulière
: insertion du grand pectoral sur l'humérus, partie postérieure
du condyle fémoral interne, au dessus du tubercule
des adducteurs
. La possibilité de petites appositions périostées
perpendiculaires peut poser un problème diagnostique (non réglé
par la scintigraphie) avec une lésion maligne
: mais la topographie et l'absence de symptomatologie
voire une surveillance rapprochée permettent de confirmer la bénignité
de la lésion
.
Le contexte peut être évocateur: douleurs
osseuses nocturnes
,traînantes, calmées par les salicylés
. L'aspect radiologique est celui d'hyperostose réactionnelle
intense masquant souvent la lacune du nidus (qui est la lésion)
. Le diagnostic se fait par la scintigraphie osseuse
: hyperfixation précoce, intense et localisée.
La TDM est utile dans certains cas
:
- rachis
, pour localiser le nidus au milieu de la condensation qui peut déborder
sur les arcs postérieurs adjacents;
- localisations articulaires
, où la réaction condensante peut être
à distance du nidus;
- os ronds ou à formes complexes (bassin)
, pour orienter la voie d'abord chirurgicale
. La TDM peut aussi guider l'exérèse percutanée
.
C'est une lésion fréquente
, révélée par la palpation, ou de
découverte fortuite; isolée le plus souvent
, ou multiple dans le cadre d'une maladie exostosante
. Il s'agit d'une formation ostéo-cartilagineuse
à base osseuse large (sessile) ou étroite (pédiculée)
, recouverte d'une coiffe cartilagineuse.L'ostéochondrome
peut siéger sur n'importe quel os à croissance enchondrale
, de siège métaphysaire sur les os longs
, orienté vers la diaphyse. Aspect radiologique
important
: continuité du cortex de l'os atteint et de l'exostose
. Le risque de dégénérescence en
chondrosarcome est exceptionnel à l'âge pédiatrique
et survient plutôt en cas de maladie exostosante ou de localisation
iliaque ou rachidienne
.
Lésion d'origine cartilagineuse
, le chondrome se présente comme une lacune lobulée
, de topographie le plus souvent centrale (mais chondrome
périosté possible)
, refoulant et amincissant la corticale, sans réaction
périostée (en l'absence de fracture)
, avec calcifications floconneuses évocatrices
dans 50% des cas
. La main est atteinte dans la moitié des cas
.
Le kyste osseux essentiel est asymptomatique en dehors
de la survenue de fracture (2/3 des cas)
, plus fréquente chez le garçon, après
l'âge de 3 ans
. Son aspect et sa topographie sont très évocateurs. Il
s'agit d'une lacune ovoïde de contours nets, avec
pseudo-cloisons par crêtes pariétales; un remodelage osseux
est possible
. Le contenu est de type liquidien (TDM)
, parfois hémorragique avec apposition périosté
en cas de fracture
. La lésion est centrée
, métaphysaire au contact du cartilage de croissance
, humérale supérieure (50% des cas)
, fémorale supérieure (25% des cas); une
migration diaphysaire se fait avec la croissance
, quand le kyste n'est plus actif
.
Les chimiothérapies lourdes et la chirurgie conservatrice
permettent une amélioration du pronostic des tumeurs malignes primitives
des os chez l'enfant
. Le pronostic global à 5 ans est de plus de 50%
pour la tumeur d'Ewing et environ 70 % pour l'ostéosarcome
. Le bilan d'extension loco-régionale
, réalisé avant la biopsie
, est fait par IRM
, et doit préciser la limite de l'extension intra-médullaire
, en particulier par rapport à l'épiphyse
et l'importance de l'extension aux parties molles
. Au delà du bilan initial, l'imagerie a un rôle
fondamental dans l'appréciation de l'efficacité thérapeutique
. Le chondrosarcome
, l'adamantinome
, le fibrosarcome, l'histiocytofibrome malin peuvent survenir
dans la deuxième décade mais sont exceptionnels
.
C'est la plus fréquente des tumeurs malignes
de l'enfant
. Plusieurs aspects sont possibles: ostéocondensant, ostéolytique
ou mixte. Dans près de 80% des cas, la lésion
touche la métaphyse fémorale inférieure ou tibiale
supérieure
. Cette tumeur présente quelques particularités
:
- localisations médullaires à distance
possibles dans la même diaphyse (skip métastases)
, leur identification est essentielle pour déterminer
le niveau de la résection osseuse;
- métastases pulmonaires fréquentes
, pouvant se calcifier ou s'excaver;
- métastases osseuses rares
.
Parmi les nombreuses formes anatomo-pathologiques
, citons:
- ostéosarcome périostéal: tumeur
développée entre périoste et corticale
, avec médullaire souvent normale;
- sarcome parostéal
: développé dans les parties molles en regard
d'une corticale normale à laquelle il n'est rattaché que
par un pont osseux
.
Il s'agit d'une tumeur d'origine neuro-ectodermique
, touchant l'enfant à un âge un peu plus
précoce que l'ostéosarcome
. On distingue deux types de localisations: os longs et
os plats
. Sur les os longs (40% des cas)
, la diaphyse est plus souvent atteinte que la métaphyse
. Le bilan d'extension est le même que pour l'ostéosarcome
. Sur les os plats (60% des cas)
, les localisations préférentielles sont
l'aile iliaque et les côtes
. Le contingent tumoral tissulaire extra-osseux peut être
volumineux avec atteinte osseuse très discrète
, voire invisible. Les métastases peuvent être
pulmonaires
, osseuses ou médullaires (moelle hématopoïétique)
.
Chez l'enfant
, les métastases osseuses sont relativement rares;
elles surviennent dans le neuroblastome
, le rhabdomyosarcome
, l'exceptionnel sarcome du rein
, les tumeurs osseuses malignes primitives et le rétinoblastome
. Leur découverte se fait dans deux circonstances:
bilan d'extension d'une tumeur connue par scintigraphie
, douleur localisée motivant une exploration radiologique
. La topographie est très variée
. L'aspect radiologique est pratiquement dans tous les
cas celui d'une lésion agressive
.
Certaines étiologies bien qu'histologiquement
bénignes peuvent présenter un aspect radiologique agressif
.
Localisation osseuse unique ou multiple de l'histiocytose
à cellules de Langerhans (histiocytose X)
, le granulome éosinophile se manifeste toujours
par une ostéolyse mais avec des degrés très variables
d'agressivité
. L'IRM a permis de montrer que la réaction dans
les parties molles adjacentes peut être très importante
. Crâne
, fémur, rachis (vertebra plana)
, bassin sont les localisations les plus fréquentes.
Le kyste anévrysmal est une lésion kystique
composée de plusieurs cavités hématiques séparées
par des septa d'épaisseur variable
. Cette lésion est souvent très expansive;
elle touche les os longs et les os plats (bassin
, rachis
, arc postérieur surtout). Le kyste anévrysmal
peut être primitif ou associé à une tumeur bénigne
ou maligne adjacente
.
3.3.3. Ostéoblastome
Son histologie est la même que celle de l'ostéome
ostéoïde mais son volume est plus important
. Son caractère expansif est responsable de son
aspect agressif
. Il touche souvent le rachis sur l'arc postérieur
. Par l'étude de la matrice tumorale
, la TDM permet la différenciation avec le kyste
anévrysmal
.
3.3.4. Chondroblastome
Tumeur cartilagineuse bénigne
, le chondroblastome est très particulier par sa
topographie épiphysaire ou épiphyso-métaphysaire
et son caractère lytique
, parfois très expansif. Des calcifications témoignant
de la nature cartilagineuse sont reconnues dans plus de 50% des cas
. En raison de la topographie et du caractère lytique
, le diagnostic peut se poser avec la tumeur à
cellules géantes
, mais celle-ci est exceptionnelle
.
3.3.5. Diagnostic différentiel
Dans ce cadre, le diagnostic différentiel se
pose avec les lésions de nature
infectieuse
, les lésions de nature
post-traumatique
(fracture de fatigue
, cal hypertrophique, arrachements apophysaires répétitifs,
hématome sous-périosté) et la
myosite ossifiante circonscrite
dont la nature post-traumatique n'est pas toujours
retrouvée
.
La myosite ossifiante circonscrite se traduit par une
tuméfaction douloureuse et parfois fébrile
, touchant la cuisse
, le bras
, le bassin et les métacarpiens ou métatarsiens
plus rarement
. Elle se caractérise par des calcifications juxtaosseuses
associées souvent à une apposition périostée
. Eléments diagnostiques importants: calcifications
prédominant en périphérie et d'évolution rapide
. Il ne faut pas confondre cette lésion bénigne
avec un ostéosarcome parostéal ou une tumeur d'Ewing
. Le diagnostic histologique avec l'ostéosarcome
parostéal peut être difficile
, ceci donnant toute sa valeur à l'étude
radiologique
.
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des tumeurs osseuses
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